Droit de l'enfant - le délégué général

Imprimer la page

Communiqué de presse du 19 mars 2019

29.03.2019 15:37 Il y a : 87 days

Communiqué de presse du 19 mars 2019

Le Délégué général exige le retour de tous les enfants belges retenus en Syrie


Les médias se sont faits, le week-end dernier, l’écho du rapatriement par la France de cinq enfants orphelins de parents djihadistes, retenus dans les camps kurdes du Nord-Est de la Syrie. Depuis de longs mois, je dénonce les conditions de vie effroyables dans ces camps. Victimes isolées d’un combat qui les dépasse, ces enfants, dont l’écrasante majorité à moins de six ans, sont exposés au froid, à la soif, à la faim, à des conditions sanitaires déplorables, sans parler des maladies mortelles. Ils sont la proie de traitements cruels, inhumains et dégradants interdits non seulement par la Convention internationale contre la torture mais encore par la Convention Internationale des droits de l’enfant, qui fête – dans ces conditions dantesques - ses trente ans d’existence cette année.

 

Depuis notre dernière interpellation officielle en décembre 2018, la situation s’est encore largement détériorée et n’a jamais été plus périlleuse pour les enfants détenus. En effet, le départ des troupes américaines place les Kurdes dans une situation plus précaire encore, en tenaille entre les armées turque et syrienne. Dans un tel contexte, la situation des enfants risque bien de devenir plus détestable encore, si ce n'est à servir de monnaie d'échange.

L’arrivée en masse, au cours des dernières heures, des derniers résistants de l’enclave de Baghouz est source d’une nouvelle inquiétude. Depuis plusieurs jours en effet, ce sont des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes, combattants ou simples civils qui, après avoir résisté jusqu’à la dernière minute, sont acheminés vers ces camps de fortune, déjà largement surpeuplés. En janvier dernier, après l’annonce du retrait des forces américaines, les Kurdes avaient annoncé qu’ils ne seraient plus en mesure d’assurer ni les besoins primaires, ni la sécurité des personnes détenues. En quelques semaines à peine, le nombre de femmes et d’enfants détenus dans les deux plus grands camps du Kurdistan syrien est passé de 10.000 à 33.000 alors que 29 enfants, dont des nourrissons, sont morts sous la pluie, dans la boue et le froid glacial.

 

Outre l’amplification de la crise sanitaire à laquelle on doit encore s’attendre en raison de l’extrême promiscuité dans les deux principaux camps de Roj et de Al Hol, on peut aussi craindre que la présence massive dans ces camps de personnes ayant soutenu Daech jusque dans ses derniers retranchements, ne risque de re-radicaliser une population, faites de femmes et d’enfants principalement, dont les conditions de vie très précaires pourraient aisément être instrumentalisées par les nouveaux arrivants. Je ne peux que le répéter encore, sur base des nombreux témoignages dignes de foi qui me reviennent : ces enfants sont en danger de mort et n’ont pas demandé à naître ou à être emmenés en Syrie. Ils ne représenteront un danger pour notre pays que si nous les abandonnons à leur sort et qu’ils sont récupérés par les derniers bastions terroristes pour en faire des bombes humaines à retardement.

Il y a urgence ! Le gouvernement ne peut plus attendre. La France, avec l’appui des Forces démocratiques syriennes et le concours du Comité international de la Croix-Rouge, a démontré que ce que le gouvernement belge persiste à qualifier d’impossible et impensable ne l’est pas forcément.  Cinq orphelins belges sont identifiés dans la région, avec des histoires aussi douloureuses que les cinq petits Français qui ont eu l’occasion de fuir ce véritable enfer. Je recommande à nouveau que ces enfants soient rapatriés dans les meilleurs délais et qu’ils fassent l’objet, à leur retour, des meilleures attentions comme le prévoient les protocoles établis avec les instances communautaires compétentes.

 

Mais le Belgique ne pourra pas s’arrêter là ! Il n’est en effet pas pensable qu’après le retour de ces cinq orphelins, la vingtaine d’enfants qui resteraient dans ces deux camps puissent être soumis à une détestable discrimination qui permettrait que des enfants belges soient laissés en danger de mort au prétexte que leur mère serait toujours en vie. Chaque jour qui passe augmente encore davantage le risque pour ces enfants de vivre - en fait de survivre - dans un environnement hostile. Car, alors que leur lien avec la Belgique est démontré, laisser ces enfants, sans aucune aide ni soutien, les projette directement vers un danger bien pire pour leur existence : devenir un enfant apatride, sans papiers ni passeport, sans aucun document légal, dans une région où la protection des uns peut devenir la pire menace pour les autres, où les actions des adultes peuvent se résumer au seul mobile de la guerre.

 

Certes, ce sont d’abord les mères qui ont fait courir ce risque à leurs enfants. Mais la question n’est plus là. Selon les principes d’unité familiale de la CIDE, les mères doivent accompagner leurs enfants. Celles qui ont été condamnées par défaut ou par contumace devront prester leur peine dès leur retour au pays et les relations avec leur descendance seront gérées en fonction de l’âge des enfants et de leur intérêt supérieur qui sera évalué par les autorités compétentes. Les mères qui ne font pas l'objet d’une condamnation devront être soumises à un screening de sécurité approfondi permettant de déterminer si elles doivent faire l’objet d'une procédure en justice. Dans tous les cas, les enfants seront provisoirement confiés à des institutions spécialisées qui évalueront leur état de santé physique et psychologique afin de déterminer une prise en charge dans leur meilleur intérêt.

 

En réalité, la décision de rapatrier les enfants, ne peut être restreinte : elle doit s'étendre, de facto, à tous les enfants retenus actuellement en Syrie et en Irak, conformément à l’obligation morale de l’Etat belge de les rapatrier confirmée par la justice dès ses premières saisines. Nous ne pouvons plus souffrir aucun atermoiement. La France a montré que c’est possible. La Belgique peut et doit donner une chance à ses enfants. Maintenant.

 

 

Bernard De Vos,

Délégué général aux droits de l’enfant