Droit de l'enfant - le délégué général

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Présentation du projet

OBJECTIF :

L’objectif général du projet « Rien à faire, rien à perdre » est de contribuer à favoriser le lien et à prévenir le repli sur soi et le passage à l’acte de certain(e)s jeunes, par une meilleure compréhension des constructions identitaires et des appartenances de chacun(e).
A partir de la collecte de récits de vie, le projet vise aussi à permettre aux professionnels en lien avec des jeunes (enseignants, éducateurs, animateurs de quartier, travailleurs sociaux, etc.) et à leurs proches (familles, fratries, pairs) de devenir des acteurs réflexifs, d’oser quitter le silence et de (re)trouver une place mobilisatrice tant éducationnelle que sociale au sein de notre société.

 

TITRE :

Le titre du projet « Rien à faire, rien à perdre » n’est pas un constat mais un état. Il exprime un ressenti pour des jeunes en manque d’historicité, dans l’impasse d’un présent écrasant et d’une immédiateté permanente qui empêche la projection dans un avenir concret. Si l’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet, il convient d’accompagner ces jeunes et leurs familles dans un récit qui permet d’explorer l’histoire passée pour mieux comprendre les contradictions du présent et retrouver la capacité de se projeter dans un avenir porteur.

 

LOGO :

Le logo se prête à de multiples interprétations. Il est une spirale à l’image d’un avenir où la perspective de se penser en projet semble vaine, comme une aspiration vers le néant. Il représente une empreinte digitale qui évoque l'identité. Le processus désormais connu sous le substantif de radicalisation nait bien souvent d'un questionnement identitaire lié à un sentiment d'identité négative, augmenté par des difficultés concrètes d’ordre culturel, scolaire, familial, social ou autre. Mais c’est davantage l’empreinte de son histoire, celle à démêler, qui nous détermine et qui par un travail sur l’historicité permet au sujet d’advenir. Le logo du projet nous dit aussi, « laisse ton empreinte, celle qui mène à construire une humanité partagée ». Quand ces jeunes nous accordent leur confiance pour la mise en mots de leurs récits, ils nous permettent de coproduire du contenu et de comprendre en quoi divers facteurs contextuels (sociopolitiques, culturels, socioéconomiques, religieux, géopolitiques, etc. )  ont participé à leur engagement dans cette expérience extrême. Leurs récits nous invitent à prendre le temps de penser et à trouver avec eux des pistes de solutions.

 

DESCRIPTION :

Les récits de vie analysés retracent le parcours identitaire de chaque jeune et sont présentés sous forme vidéo, soutenue par un support pédagogique (récit écrit et soutien à l’utilisation du support) pour les intervenants (enseignants, éducateurs, animateurs de groupes de parole, etc.).

Ces récits donnent à voir les processus de « décisions » qui les ont menés à s’engager dans un processus dit de « radicalisme violent ». Au travers de leurs récits, nous avons tenté de comprendre pourquoi ces jeunes belges éprouvent des difficultés à s’ancrer chez eux, dans leur propre société. Nous avons identifié le terreau des frustrations mais aussi celui des ressources qui permettent à certains de ne pas basculer dans l’extrémisme. Chaque témoignage ouvre une réflexion autre afin de ne pas généraliser ce qui se joue individuellement et de rencontrer la diversité des pensées, cheminements et croyances.

Chaque jeune a été accompagné par une équipe de professionnels pour la réalisation de sa capsule vidéo. Lors du tournage, chacun(e) filme librement son univers symbolique. Afin de respecter son anonymat, il/elle n’apparait pas sur l’écran. Lors de la phase de montage, il/elle intervient dans la sélection et l’agencement des images afin de les accorder à son univers émotionnel. Un(e) autre adolescent(e) prête sa voix pour la bande son.

Au total, une dizaine de vidéos de jeunes, essentiellement des mineurs, seront disponibles  à l’échéance du projet (2017). Chaque capsule vidéo est autonome tout en étant complémentaire aux autres. Elles seront complétées par le récit des membres de familles concernés par l’engagement d’un de leurs enfants dans un processus dit de « radicalisme violent ».

L'apport des familles par le biais d’un séminaire en sociologie clinique basé sur la transmission et les affects de honte et de culpabilité a permis de compléter l’analyse de ces supports. Ce séminaire a été animé en avril 2016 par Vincent de Gaulejac (professeur émérite de sociologie à l’UFR de Sciences Sociales de l’Université Paris-Diderot) et Isabelle Seret, en partenariat avec Saliha Ben Ali, fondatrice de l’Asbl S.A.V.E Belgium. D’autres séminaires notamment avec les fratries et les pairs des jeunes engagés en Syrie sont envisagés au cours de l’année 2017. Les récits collectés lors de ces dispositifs alimenteront également différentes contributions : ouvrages, conférences, colloques, etc.

 

CARACTERE INNOVANT DU PROJET :

- Les jeunes et les familles concernées participent activement à l’élaboration des dispositifs :

En concevant les supports (récits écrits et capsules vidéos) au départ de leurs récits et avec la collaboration des jeunes et des familles concernées, ces derniers deviennent sujet de recherche et non objet. La qualité et la profondeur des témoignages récoltés à ce jour est le fruit de cette collaboration.
L’équipe constate aussi les bienfaits de cette mise en récit auprès des jeunes qu’elle a accompagnés. Le travail, y compris dans la phase créatrice de la capsule vidéo, a clairement participé à ce qu’ils se dégagent des pesanteurs de leur histoire de vie et de ses représentations pour se positionner en tant que sujet de celle-ci. Leur projet de vie ne se résume désormais plus à ce que d’autres avaient construit pour eux. La confiance, l’estime de soi, l’altérité, le désir reviennent à la vie.

- Les jeunes parlent aux jeunes, processus par les pairs :

A l’heure où les grands récits traditionnels (politiques, religieux, etc.) ont perdu leur pouvoir rassembleur, des jeunes concernés s’adressent à d’autres jeunes et à leurs familles, ce qui rend leurs témoignages attractifs et crédibles.

- Travail individuel et collectif lors de l’animation :

Les jeunes sont amenés à exprimer en groupe leur ressenti, ce qui les confrontent à la manière dont les autres le perçoivent. Paradoxalement, c’est dans la différenciation que peut se (re)créer le lien, que peut s’élaborer l’embryon d’une pensée critique afin de dépasser les oppositions manichéennes, pour avancer vers de nouvelles représentations individuelles et collectives. Ce faisant, ils participent à la construction d’un savoir collectif. Le support permet aussi aux jeunes d’activer plusieurs de leurs droits garantis par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant : le droit à la participation, à la liberté d’opinion, d’expression, etc.

- Facilité d’utilisation :

Les supports écrits et vidéo seront souples et faciles d’utilisation afin que l’intervenant puisse les adapter au temps octroyé pour l’animation (de 50 minutes à 2 heures) et au public concerné.
Le projet prévoit aussi la possibilité, pour les professionnels, de faire appel à un animateur formé à l’utilisation du projet « Rien à faire, rien à perdre ». Plusieurs écoles dans la phase préparatoire, comme la plupart des autres professionnels, ont exprimé cette demande. Ces acteurs de terrain sont d’ores et déjà disponibles.

  

PUBLIC CIBLE DES ANIMATIONS :

- Les jeunes (à partir de 11-12 ans) : élèves de fin de primaire et du secondaire de tous types d’enseignements confondus, groupes de jeunes en AMO, en IPPJ, etc. 

- Des groupes de parole avec les familles concernées par la problématique.

- Les professionnels de l’accompagnement (enseignants, éducateurs, animateurs de quartier, travailleurs sociaux etc.) sous forme de groupes réflexifs.

- Tout public.